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Les nouvelles routes de la soie, où en sommes-nous 10 ans après ?

Dans un article de blog précédent nous avions évoqué les anciennes routes de la soie et détaillé le projet des nouvelles routes, dévoilées en 2013 à l’initiative de la Chine. Ces nouvelles routes de la soie englobent initialement près de 68 pays à travers le monde, avec des corridors menant à diverses parties de l’Europe et de l’Afrique de l’Est.

Projet gigantesque, il constitue un enjeu géopolitique et stratégique majeur pour la Chine qui ambitionnait ainsi d’asseoir toujours davantage sa position dominante au centre de la mondialisation. Le projet doit permettre à terme de proposer une solution alternative au trafic maritime, plus sécurisé et plus écologique.

10 après, où en sont les nouvelles routes de la soie ? Force est de constater que sa mise en place est longue et semée d’embûches. L’inde et les USA tentent de freiner ce projet de peur de voir réduire leur puissance et leur influence économique sur le commerce mondial. En outre, ce projet est aussi un challenge très important d’un point de vue politique car il doit relever le défi de créer une entente totale entre plusieurs dizaines de pays, dont certains très instables.


L’espace indopacifique contre la domination chinoise

Au moment où sont écrites ces lignes, on assiste à l’émergence de deux phénomènes qui compliquent encore la mise en place de ce large réseau. Le premier est l’émergence du concept indopacifique. Ce concept a été mis en place par les pays rivaux de la Chine (dont l’Inde et les USA) et veut faire barrage à la Chine. L’espace théorique indopacifique se veut immense car il regroupe l’Océan Indien et le Pacifique, une sphère d’influence colossale pour tout ce qui a trait à la mondialisation des marchés.

Malgré tout, cet espace reste soumis à débats car si certains comme la Chine le réfute complètement, d’autres sont pour l’exclusion de l'État chinois, tandis que d’autres encore souhaitent voir l’Empire du Milieu intégrer cet espace. Bien que conceptuel, l’espace indopacifique est aussi un enjeu stratégique clé avec des motivations économiques importantes, mais également des enjeux énergétiques et sécuritaires non négligeables.

Ce concept, bien que purement théorique, a pourtant bien intégré les relations internationales. Il se veut ainsi une alliance stratégique économique et sécuritaire mais son absence de délimitation officielle le rend à la fois souple et opaque en même temps. Le concept s’ajuste donc au gré de la géopolitique et sert aussi d’arme pour contrer une Chine aux ambitions de domination de plus en plus assumées. N’oublions pas d’ailleurs que l’espace indopacifique n’est pas une sinécure, il comprend d’importants axes d’approvisionnement de marchandises et d’énergie mais aussi des espaces de tensions comme sur la mer de Chine méridionale.


Impact de la guerre en Ukraine

Second phénomène qui ralenti l’élaboration de ces nouvelles routes de la soie : le conflit ukrainien. Compte tenu du tracé voulu par la Chine, il va de soi que les récents événements en Europe de l’Est remettent en jeu les tracés initiaux, laissant la place à des pays tels que la Turquie, l’Iran ou le Kazakhstan pour proposer leurs propres corridors.

Cette proposition, bien qu'intéressante, reste malgré tout problématique pour la Chine qui perd un peu de sa souveraineté sur le projet puisqu’elle serait simple partenaire de ces corridors. En outre, certains réseaux de la zone sont très vétustes et des ruptures de charge complexes sont à craindre. La géopolitique dans la zone ukrainienne a ainsi totalement chamboulé les tracés et pouvoir reconstituer des tracés viables passant à travers des zones aussi compliquées relève d’un véritable casse-tête (chinois).


Des investissements colossaux

Le conflit en Ukraine, en plus de redessiner complètement les tracés prévus, refroidit beaucoup les investisseurs qui y voient un projet mondial finalement mal coordonné et peu rassurant. La Chine y croit pourtant dur comme fer et elle y a déjà investi plus de 900 milliards de dollars depuis 2013, une somme folle répartie entre l’aménagement d’infrastructures et la création de nouvelles, l’acheminement d’énergie, etc… La Chine est devenue l’un des plus gros investisseurs à l’étranger. Elle investit partout et sa stratégie va bien au-delà des infrastructures : elle passe aussi par une aide au développement de nombreux secteurs tels que le tourisme, la culture, l’agriculture, la santé ou encore l’informatique. Tout est bon pour caresser les pays dans le sens du poil, surtout ceux qui s’avèrent instables et faiblement équipés, ce n’est pas pour rien que l’on a vu fleurir des villes entières sur les côtes d’Afrique de l’Est par exemple. Cet engouement à investir ne se fait pas sans crainte chez les détracteurs et les sceptiques qui voient la Chine investir massivement sans réelles coordinations parfois, beaucoup y voient surtout une manière de rendre dépendants de nouveaux pays et alimenter la sphère d’influence de l'État chinois.

En sus des investissements, la Chine accorde gracieusement des prêts aux États concernés afin qu’ils puissent se développer, un acte intéressé qui, justement, crée une dette de ces pays envers elle et les rend dépendants. Ce constat a fait l’objet de vives critiques puisque certains états se sont très lourdement endettés et peinent à rembourser leurs dettes d’autant que les nouvelles routes n’ont pas encore pu démarrer et générer les revenus attendus. Certains voient là un système opaque de financement où la Chine endette ses pays partenaires et leur refuse d’être propriétaires des infrastructures. On parle d’une stratégie délibérée des Chinois pour mettre en défaut de paiement les pays et s’emparer de leurs actifs, mais prouver une telle affirmation est très compliqué et cela reflète surtout pour l’heure d’une simple théorie sans aucune preuve.


Un projet qui divise à tous les niveaux

Nous l’avons vu, la Chine a soif de souveraineté commerciale et elle met tous les moyens possibles pour atteindre des objectifs. Pourtant, beaucoup y voient là une stratégie impérialiste pour dominer plusieurs pays et accroître sa position stratégique et politique. L’Inde et les pays du G7 voient d’un très mauvais œil les intentions de la Chine et ont décidé de contre-attaquer en usant des mêmes stratagèmes. On peut par exemple citer le déblocage de 600 milliards de dollars pour construire des infrastructures en Afrique, en Amérique du Sud ou encore en zone indopacifique.

Il faut dire que les pays du G7 ont de quoi s’inquiéter : leur sphère d’influence s’est peu à peu détériorée à force de délocaliser ses productions dans des pays considérés alors comme sous-développés. Des pays qui ont su jouer de cela et s’enrichir au point de se retrouver finalement en position de force face à ceux qui pensaient justement les dominer politiquement.

L'après-guerre et les accords de Bretton Woods sont désormais clairement de l’histoire ancienne. Si les alliés avaient su tirer profit de cela, notamment les USA, le jeu de carte a depuis été rabattu et les plus influents ne sont plus les mêmes que ceux de l'après-guerre et de très loin. Cette volonté de ralentir des projets aussi pharaoniques que les nouvelles routes de la soie reflète bien cette peur qu’ont des pays comme les USA, l’Inde et ceux du G7 de se retrouver malgré eux totalement soumis à ceux qu’ils considéraient comme une main d’oeuvre pas chère qui ne faisait que les enrichir autrefois.

Mais les critiques ne pleuvent pas qu’en dehors du pays et, au sein même de l’État chinois, certains bravent (avec modération certes) les autorités en émettant des critiques sur la stratégie employée pour ce projet. Beaucoup pointent du doigt ce mécanisme de prêts qui endette les pays partenaires, le piège de cette dette est perçu très négativement par de nombreux chinois qui veulent garder une image saine de leur pays et de sa politique extérieure. Autre critique, le coût de ce projet pharaonique qui est parfois vu comme un immense gaspillage d’argent au détriment d’autres projets jugés essentiels pour le pays.


Les nouvelles routes de la soie restent donc un projet plus compliqué à concrétiser qu’il ne l’était prévu. Le 7 septembre dernier, l’Italie s’est d’ailleurs retirée, faisant craindre un effet domino et une possible impasse au niveau global. Conflits géopolitiques majeurs qui redessinent les tracés, opacité de la stratégie chinoise vis-à-vis de ses partenaires, actions de pays adverses pour le contrecarrer… un tel projet, impliquant autant de pays et sur un tel laps de temps est un défi quasi impossible à relever, ce qui est logique quand on voit aujourd’hui à quel point les choses vont vite, notamment en termes de géopolitique. Parvenir à créer une synergie aussi puissante avec des États qui, entre eux, se considèrent ennemis depuis des décennies relève d’un incroyable challenge diplomatique. Bien qu’après une décennie le projet ne soit pas enterré, il reste très fragile et ralenti par un nombre de facteurs très importants et peu maîtrisables. De nombreux pays tentent de renégocier leurs accords, d’autres gèlent purement et simplement leur partenariat et la méfiance se fait de plus en plus sentir du côté occidental. En octobre 2023, un grand forum doit avoir lieu avec un aréopage de chefs d’États conséquent, dont Vladimir Poutine, forum qui aura pour but de défendre le projet côté chinois et de prouver ainsi qu’il n’est pas à remiser sur une voie de garage mais bel et bien à mettre sur les rails. A suivre donc.

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