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Zoom sur la Chine : épisode 2 - Les classes moyennes chinoises dans la tourmente

Comme évoqué dans notre article précédent, la Chine a vu sa population en constante diminution depuis 7 ans avec, en parallèle, une spéculation immobilière sur le point d’exploser à cause d’investissements trop massifs en proportion de son PIB. En comparaison de ses voisins occidentaux qui consacrent entre 10 et 20% du PIB à l’investissement immobilier, l’Empire du Milieu y consacre plus du tiers depuis des années. Après 30 ans de croissance, le modèle s'essouffle et le gouvernement chinois voit son économie mise à mal avec, en sus, l’arrivée d’une Inde dopée par une population et une économie en pleins booms.


Petit retour en arrière

Depuis 1998 l’immobilier chinois n’a cessé de progresser, de même que son économie. Nombreuses sont les photos comparatives de villes avec plusieurs décennies d’écart où l’on constate à quel point le paysage urbain chinois a considérablement changé en un temps record.

La propriété immobilière en Chine est quelque chose qui symbolise avant tout la réussite sociale, comme évoqué dans notre article précédent : on possède son logement avant de se marier et de fonder une famille, tandis qu’ailleurs, comme en Allemagne par exemple, la location immobilière a plus de succès que la propriété.

Au départ tout semblait aller pour le mieux : les constructions se multipliaient, les opportunités commerciales aussi et peu à peu la Chine a pu assoir sa domination en tant que véritable usine du monde. Malheureusement, les nombreuses sociétés immobilières créées durant cette période de frénésie se sont trouvées rapidement surendettées, forçant le gouvernement à ralentir sa politique constructiviste.

Celui-ci a alors fixé des règles de gestion aux promoteurs, notamment des rapports actif/passif, actif/dette et trésorerie/dette encadrés dans des limites strictes. Ceci permit de ralentir la cadence, créant ainsi des freins à certains investisseurs pour obtenir des crédits. Cette politique soudaine, couplée à la crise financière et au déclin démographique, a entraîné une série de faillites de sociétés immobilières sans précédent, dont la dernière, Evergrande, que nous aborderons dans un article dédié, a eu un effet retentissant sur l’économie chinoise.


Les classes moyennes en première ligne

La crise immobilière chinoise a entraîné une crise sociale qui a directement impacté les classes moyennes, bien souvent fragiles en comparaison des classes se trouvant aux extrémités économiques. De nombreux Chinois ont investi dans le patrimoine immobilier, près des ¾ ont consacré l’essentiel de leur argent à l’immobilier, et la crise que connaît le pays est en train de dangereusement appauvrir les foyers. C’est littéralement la classe moyenne chinoise qui est en train de s’écrouler. De quoi entraîner la colère de la population, pourtant habituellement très docile, face à son gouvernement.

Le parti communiste chinois n’inspire plus la confiance comme avant. Certes, le régime chinois est un régime autoritaire, mais il a su convaincre par le biais d’un pacte social dont le consentement a permis au régime de garder son autorité depuis le début de son ascension économique, il y a déjà une trentaine d’années. La prospérité économique, l’accès à une certaine forme de capitalisme, l’enrichissement des foyers, tout ceci a contribué à éviter des soulèvements internes contre le PCC (Parti Communiste Chinois).

Les défaillances actuelles sont en train de changer la donne, car quel que soit le régime, une population qui n’a plus rien à perdre n’a plus aucun scrupule à se révolter. Dans le cas de la Chine, l’appauvrissement croissant des populations de la classe moyenne est vécu comme un véritable désenchantement qui met en danger ce rapport politico-social qu’entretenait le gouvernement avec sa population.

On estime que la classe moyenne représente les foyers de composé de trois personnes et touchant entre 13 000€ et 65 000€ de revenu selon le bureau national des statistiques chinois. On estime que cette classe représente près de 400 millions de personnes à ce jour, un chiffre colossal.


Rassurer la population

La perte de richesse constante, un pourcentage toujours plus important de la population vieillissante, un système social de santé quasi inexistant, font que cette catégorie de population voit sa qualité de vie se dégrader constamment depuis plusieurs années. Si l’on suit la fourchette de revenus donnée par le bureau national des statistiques chinois, on doit prendre en compte le fait que l’on trouve plus de foyers proches du seuil le plus bas que du seuil le plus haut, représentant ainsi un très grand nombre de foyers susceptibles de basculer dans la classe inférieure.

Une récente enquête d’un économiste chinois, citée par le site Geo.fr fait état de presque 30% des 31-40 ans de la classe moyenne qui estiment avoir perdu entre 10 et 30% de richesse et près de 11% déclarent avoir perdu au-dessus de 30% de pouvoir d’achat. Seuls 25% signalent une augmentation de revenu. Bien évidemment, comme à son habitude, le gouvernement chinois ne fournit pas beaucoup de chiffres officiels et les rares chiffres sortants sont souvent remis en question quant à leur véracité.

Ce qui ne ment pas, en revanche, c’est bel et bien la crise sociale qui se dessine, et l’inflation mondiale qui a fait monter la grogne des populations dans de très nombreux pays, le nôtre y compris. La Chine n’est pas épargnée. Reste à savoir si le gouvernement parviendra à calmer la colère de ses habitants et à restaurer la confiance. Toujours est-il que les autorités ne ménagent pas leurs efforts pour sauver leur secteur immobilier et redresser l’économie dans un contexte où un très grand nombre de pays sont affaiblis par des crises qui ne cessent de s’additionner depuis 2020.

La classe moyenne, que ce soit en Chine ou ailleurs, constitue l’un des maillons les plus forts d’un pays. Cette classe sociale est bien souvent celle qui se compose le plus d’actifs, génère de la richesse et contribue au développement économique d’un pays. Plus la classe moyenne s’enrichit et grandit, mieux le pays se porte. Si en revanche, l’inverse se produit comme c’est le cas actuellement, on assiste alors à une perte de confiance de la population à l’encontre de son gouvernement, perte de confiance qui risque de totalement déstabiliser l’économie du pays mais aussi le gouvernement en place.



La Chine, comme beaucoup, essaie de sauver les meubles et de rassurer sa population, certains gouvernements y parviennent, d’autres un peu moins. Toujours est-il que l’économie chinoise est à surveiller de très près car elle constitue un thermomètre non négligeable de la crise économique mondiale. Et l’effondrement de géants de l’immobilier n’indique pas une baisse prochaine de la fièvre. C’est ce que nous verrons dans le dernier épisode de notre triptyque consacré à la Chine : Evergrande, la chute d’un géant.

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