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Taux de fret : jusqu’où ira-t-on ?

Nous l’avons maintes fois évoqué dans nos derniers articles afin de vous tenir constamment informés de l’état du marché des containers, la crise sanitaire continue de faire exploser les taux de fret. On espérait une stabilisation voire une baisse à la fin du premier semestre mais malheureusement il n’en est rien et, ce, pour encore quelque temps.


Les ports ne désemplissent pas à l’arrivée de la haute saison

Nous sommes actuellement au début de la haute saison. C’est cette période de l’année où la plupart des chargeurs font leurs stocks pour la fin d’année, notamment la période de Noël. C’est donc là que bon nombre de navires sont censés partir et que les usines tournent à plein régime en Chine. Or, avec le dérèglement dramatique de la supply chain mondiale, les retards se cumulent et les chargeurs sont en pénurie d’équipement, ils ne parviennent pas à répondre à la demande de leurs clients.

Tous les secteurs souffrent, à des niveaux divers, de cette crise logistique. Très peu sont épargnés. Obtenir des biens électroniques ou d'électroménager par exemple devient un véritable chemin de croix, les matières premières se raréfient et des chantiers sont mis à l’arrêt. Les chargeurs ayant déjà passé commande ne veulent pas faire machine arrière et font, selon l’expression en vogue, du “quoi qu’il en coûte". Ceci entraîne irrémédiablement les taux vers le haut, atteignant des sommets encore inédits à ce jour.

Les retours en force de cas de COVID-19 sur certains ports de Chine du sud n'arrangent rien à l’affaire et les congestions se multiplient car les ports tournent entre 30 et 45% de leur capacité. Les containers s’empilent en attente d’embarquement et les navires font des ronds dans l’eau dans les bassins en attendant d’être enfin pris en charge.

A l’heure actuelle, on estime à plus de 300 le nombre de navires à l’ancre qui attendent d’être vidés de leurs marchandises, dont une bonne centaine du côté de la Chine selon Otto Schacht de chez Kuehne+Nagel pour le Journal de la Marine Marchande.

Pour éviter les congestions, les armateurs annulent des escales, au détriment des transitaires qui s’arrachent les cheveux pour rediriger leurs flux, tout en gardant un œil rivé sur la rentabilité de leurs dossiers qui fond comme neige au soleil. Les annulations d’escales ne font finalement que déplacer le problème tout en accentuant la pénurie…




Quelle issue peut-on prévoir et quelles sont les alternatives utilisées ?

Difficile de prévoir une issue avec précision. On commence déjà à estimer que le mois d'août fera grimper les taux de fret à 15 000$ le 40 pieds complet. Et certains imaginent un plafonnement à 30 000$ si rien n’est fait pour mettre le hola sur cet enchaînement d’aberrations logistiques liées à cette crise qui, malgré des progrès très positifs, continue de faire des siennes.

Certains ont, en toute logique, commencé à poser leurs regards sur la solution ferroviaire arrivant de Chine en Allemagne, avec ensuite redirection sur l’ensemble de l’UE. Malheureusement, on estime les taux en ferroviaire aux alentours des 20 000$ par container en format 40 HC, les prestataires du milieu faisant eux aussi grimper les taux. Ce qui toutefois n’effraie pas certains chargeurs qui y voient un avantage certain du fait de délais beaucoup plus courts qu’en maritime et avec un risque d’avarie plus faible.

Si certains tentent l’aventure ferroviaire, malgré des taux élevés, d’autres encore vont vers l’aérien pour certains biens, malgré, là aussi, des taux élevés mais qui sont cohérents sur un marché disposant déjà de taux plus élevés que le maritime à la base. Ces deux alternatives sont choisies surtout pour leurs délais courts, favorisant ainsi le ravitaillement des rayons.

Pour beaucoup, les taux ne reviendront pas avant longtemps à ce qu’ils étaient avant la pandémie. On ne peut toutefois pas rester sur une note négative : on imagine très bien que les taux ne pourront pas grimper indéfiniment. Si les armateurs tirent, pour le moment, leur épingle du jeu, les chargeurs petit à petit se tournent vers des circuits plus courts, voire affrètent eux-mêmes des navires pour couper l’herbe sous le pied à des armateurs qu’ils jugent trop gourmands. C’est une situation inédite qui fait des émules. Jusqu’à présent quelques importantes sociétés de transit sur le marché avaient affrété elles-mêmes des navires, c’est au tour de l’américain Home Depot de réserver un navire entier uniquement pour ses propres marchandises.

Le cas de Home Depot reflète bel et bien la crise actuelle. Bien qu’en contrat avec des compagnies maritimes, sur des taux préférentiels et sur le long terme, il lui est devenu impossible de subir des pénuries au sein de ses 2 300 enseignes sur le territoire américain. Privés de voyages et de loisirs, enrichis par le chèque Biden, les américains ont augmenté leur consommation de produits d’importation asiatiques. Ils en subissent le contrecoup logistique avec des boîtes vides qui s’accumulent chez eux et une rotation au ralenti, augmentant mécaniquement le phénomène de pénurie.

Pour l’instant, ces solutions restent anecdotiques car elles impliquent une organisation compliquée, notamment vis à vis des terminaux. Mais elles reflètent le malaise présent chez les différents acteurs du commerce international. Les taux de fret font suffoquer les plus petits, les armateurs tirent au maximum profit de la situation et, bien que ce ne soit pas encore le cas, il y a fort à parier qu’un très grand nombre de biens verront leurs prix augmenter de manière significative pour le consommateur final.

Les taux de fret vont forcément devoir baisser tôt ou tard. Nous l’avons vu, certains chargeurs réfléchissent à des solutions alternatives afin de réduire leurs coûts et retrouver de la rentabilité. Si nous voyons désormais des chargeurs affréter eux-mêmes des navires dédiés, certains producteurs envisagent désormais de relocaliser tout ou partie de leurs unités de production vers des zones accessibles au train ou au camion, ou encore des chargeurs jeter leur dévolu sur d’autres modes de transport, jouant la carte du multimodal pour éviter d’être pris au piège.

En outre, la course à la taille des bateaux et les importantes commandes de capacités de transport supplémentaires auront immanquablement un effet baissier sur les taux lorsque la situation logistique retrouvera un semblant de rééquilibre global.

Ainsi, la situation reviendra inexorablement à la « normale » dans quelques mois, sauf si sursaut de la pandémie, mais il ne faut pas en revanche espérer revoir les taux pré-pandémies avant un long moment. Plusieurs chargeurs ont par ailleurs interpellé les pouvoirs publics pour que ceux-ci interviennent auprès des armateurs, mais sans grand succès jusqu’à présent.

Même si la situation semble compliquée, elle n’est pas non plus définitive. Il va falloir s’armer de patience pour en voir l’issue et, surtout, être imaginatifs pour réorganiser les échanges commerciaux si l’on ne veut pas être pris au piège par des frais et des délais imprévus et forcément élevés.

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