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Les ports africains sous tension

Les événements qui ont lieu dans le golfe d’Aden n’en finissent plus de gripper davantage les rouages de la supply chain. Si les attaques de rebelles houthis devaient être résolues par l’arrivée d’une cavalerie internationale, l’opération n’a pour le moment pas porté ses fruits, notamment à cause d’une dynamique géopolitique plus compliquée que prévue.

Une majeure partie des armateurs a donc décidé de faire le détour par le cap de Bonne Espérance, un trajet beaucoup plus long qui perturbe des écosystèmes économiques fragiles, notamment dans les ports ouest africains qui se retrouvent beaucoup plus sollicités que d’ordinaire.


Des conséquences pour de nombreux pays

En moyenne, les trajets pour le nord de l’Europe, qui habituellement empruntent le canal de Suez, sont rallongés de près de 7 000 km, soit environ 8 jours de plus. Ce détour a bien entendu comme conséquences des augmentations tarifaires et des retards d’approvisionnement à destination, mais cela a aussi des effets néfastes pour des pays hautement dépendants du canal de Suez, en premier lieu l’Egypte qui fait état d’une baisse de presque 50% de ses revenus. Un gouffre quand on sait que non seulement le pays est actuellement très vulnérable avec une inflation record et une forte dette, mais que 8% de ses recettes dépendent du canal de Suez. Une perte colossale pour un pays qui est de plus en plus fragilisé. Le trafic a baissé de près de 55% sur Suez en comparaison de la période de février 2023.

Ce blocus de Suez impacte aussi d’autres pays tels que la Tanzanie, le Kenya, Djibouti ou encore le Soudan, qui ont besoin du canal pour leur commerce extérieur.

Autre conséquence, et non des moindres : la sur fréquentation des ports africains dûe à une hausse des escales, en miroir de certains ports du Moyen Orient qui voient leur fréquentation baisser drastiquement. Ces événements imprévisibles ont ajouté de nouvelles couches au mille-feuilles de problèmes que subit la chaîne logistique mondiale. Une situation tendue qui a redessiné tout le paysage logistique alors que de nombreuses infrastructures sont sous-dimensionnées pour accueillir un tel détournement de routes.

A l’inverse, le trafic via le cap de Bonne Espérance a augmenté de près de 75% selon la plateforme PortWatch du FMI, preuve que les armateurs ont bel et bien décidé d’éviter à tout prix les eaux tumultueuses du golfe d’Aden par crainte de devoir zigzaguer entre drones et missiles.


Saturation des ports

Les escales en Afrique ont considérablement augmenté. Seul hic, une bonne partie des ports africains font partie de ceux qui sont les moins performants, faute d’infrastructures adaptées. Autant dire que l’absorption d’une majeure partie des volumes censés transiter par Suez sur des infrastructures non prévues pour l’occasion et avec un équipement peu adapté entraîne une profonde baisse de la productivité, qu’un récent rapport de la S&P Global Market estime à près de 18%.

Côté Moyen Orient, Aden et Port-Saïd subissent eux aussi une hausse des mouvements de boîtes censées transiter sur le canal de Suez. Une hausse de containers à gérer que ces ports, même s’ils sont mieux équipés que leurs voisins est-africains, ne peuvent absorber efficacement, ce qui entraîne de fortes congestions portuaires.

En outre, se pose le problème des soutes. Les ports africains ne sont guère équipés pour gérer l’afflux de demande de carburant généré par cette hausse soudaine de navires sur leurs côtes. L’Afrique du Sud a vu le cours des carburants flamber en quelques semaines.

Ces incidents prouvent une fois de plus, s’il était besoin, que les échanges commerciaux mondiaux sont dépendants de quelques goulets d’étranglement logistiques. Des solutions alternatives telles que des nouvelles routes maritimes, des alternatives routières et ferroviaires, ou carrément une relocalisation des unités de production ont déjà été évoquées au fil des alertes mais il semble que les acteurs économiques peinent à prendre conscience des nouvelles fragilités de leurs canaux d’approvisionnement. Avec une Chine en plein marasme, des tensions géopolitiques ou environnementales bloquantes pour le commerce, il est plus que temps de considérer que l’époque où la logistique était un long fleuve tranquille est bel et bien derrière nous !

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