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Incendie du X-press Pearl, que s'est-il passé?

Après un blocage du canal de Suez riche en émotions, c’est désormais une autre avarie qui fait la une de l’actualité en ce moment, avec des enjeux bien plus graves que ceux engendrés par le M/V EVER GIVEN. (photo en tête : Autorités maritimes du Sri-Lanka)


Un incendie flottant difficile à maîtriser

C’est au large des côtes sri lankaises que le “X-Press Pearl”, porte containers de 186 mètres de long construit en 2021, a pris feu le jeudi 20 mai alors qu’il était au mouillage près du port de Colombo. Ce navire, un feeder d’une capacité de 2 500 EVP avait à son bord 1 486 containers et plus de 300 tonnes de carburant, fioul de soute et gazole marin confondus.

Cet incendie remet en avant un bon nombre de sujets déjà abordés ici. En effet, il met tout d’abord en exergue le phénomène des containers perdus en mer qui sont devenus, avec l’augmentation des tonnages transportés, un véritable fléau pour l’environnement et le transport maritime.

Ce qu’il se passe sur le X-Press Pearl, c’est finalement un cas d’école de tout ce qui est à éviter dans le transport maritime. Comme nous l’avions évoqué tout récemment sur notre blog à propos du stockage de produits dangereux, ceux-ci ne peuvent pas être placés au hasard dans une zone. En effet, certaines matières sont incompatibles entre elles et le moindre contact peut provoquer des réactions avec des degrés de gravité divers.

Visiblement, l’incendie aurait démarré dans un container d’acide nitrique de 25 tonnes et se serait propagé à vitesse grand V sur le reste du navire, devenant incontrôlable. Les autorités ont tenté de maîtriser l’incendie mais cela s’est avéré une tâche extrêmement complexe, malgré l’intervention d’hélicoptères qui ont déversé plusieurs tonnes de produits anti-incendie sur le navire. L’incendie aura mis plus de dix jours pour être maîtrisé complètement.

Les autorités cherchent à déterminer les causes de cette avarie dont les conséquences risquent d’être désastreuses pour l’environnement. L’incendie s’est déployé sur toute la longueur du navire, fragilisant sa coque. Avec une structure fragilisée, le navire risque de sombrer si une tentative de remorquage est effectuée mais aussi de se fissurer et de laisser échapper des éléments polluants. Les autorités doivent s’assurer à la fois que le navire ne pollue pas plus qu’il ne le fait déjà et également que sa structure est compatible avec un remorquage, chose on ne peut plus difficile en l’état actuel des choses.

D’après certains témoignages, l’équipage aurait détecté une fuite dans le fameux container d’acide nitrique au moment du chargement mais aurait fermé les yeux. Si ceci est avéré, ça écartait la cause accidentelle et aurait de graves conséquences pour l’armateur et les responsables de l’équipage. Toutefois, en supposant que l’équipage ait bel et bien fait une erreur d’appréciation, ceci souligne, comme nous l’avions évoqué dans notre article traitant des containers perdus en mer que, bien souvent, c’est le facteur humain qui est en cause. Dans le contexte actuel il est acté que les équipages sont surmenés. Beaucoup n’ont pas posé le pied à terre depuis des mois et les reprises de trafics à flux extrêmement tendus occasionnent un stress de la supply chain qui veut aller au plus vite, en tournant le dos à certaines règles de sécurité par souci d’optimisation des flux. Il est probable que si l’équipage a fait une erreur celle-ci soit due en partie à ce contexte qui crée de vives tensions chez les hommes et les femmes sur le terrain, tiraillés entre rentabilité et efficacité, et assujettis à de nombreuses erreurs dues au surmenage.


Pollution et Covid-19

Le navire n’a, fort heureusement, occasionné aucune perte humaine. Les 25 membres d'équipage ont pu évacuer, malgré quelques blessés légers suite à une explosion durant l’incendie. Cependant, les conséquences de l’avarie sont très graves.

Tout d’abord avec des centaines de boîtes parties en fumée et une dizaine tombées en mer, c’est un risque de pollution énorme qui est à prévoir. Les autorités Sri-Lankaises ont dores et déjà fait part de leurs inquiétudes mais elles ont également commencé à réclamer des comptes à l’armateur responsable (on parle de 17 millions de dollars rien que pour réparer les dégâts). La mer sur place est agitée et les vents de mousson soufflent sans cesse depuis plusieurs jours, ce qui accroît la difficulté de contenir tout déversement d’éléments polluants (et explique la difficulté de maîtrise de l’incendie).

Les autorités ainsi que de nombreuses associations agissant pour l’environnement sont sur le qui-vive. De premières pollutions ont été détectées sur les plages sri-lankaises. Des millions de granulés de polyéthylène destinés à l’industrie de l’emballage se sont échappés de leurs containers pour recouvrir les plages, forçant l’arrêt de la pêche jusqu’à nouvel ordre sur une zone de 80km.

Mais ce n’est pas la pollution la plus grave qui soit attendue : le navire contenait, en plus de l’acide nitrique, des matières plastiques, de la soude caustiques, des lubrifiants et bien d’autres produits chimiques qui sont de véritables bombes écologiques à retardement pour les fonds marins et la faune qui les peuple. De quoi donner, malheureusement, du grain à moudre à de nombreuses associations écologiques comme Wings of the Ocean, par exemple, déjà bien débordées par la pollution occasionnée en dehors des avaries comme celles-ci.

En ce qui concerne l’équipage, dans un contexte sanitaire compliqué, il s’est avéré que l’un des membres était positif à la COVID-19, entrainant, de fait, la mise en quarantaine de tout l’équipage, alors que l’épidémie fait des ravages dans toute la zone de l’Inde et de ses alentours.


Cet incendie est donc révélateur des nombreuses problématiques qu’entraîne la hausse du trafic maritime mondial, qu’elles soient d’ordre matériel, environnemental ou humain. On constate avec effroi les dégâts collatéraux que provoque un incendie sur un navire feeder de 2 500 EVP. On n’ose dès lors imaginer ce qui pourrait se produire si un navire de type Ultra comme le M/V EVER GIVEN, pouvant accueillir 24 000 EVP, se trouvait à connaître le même type d’avarie.

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